La seconde partie de l’article écrit par Isabel Babou dans le mensuel Biocontact, mai 2010, est consacrée principalement au développement d’un tourisme alternatif façe à l’accroissement du tourisme de masse.
- L’etat du tourisme en chiffres
En ces temps de préoccupations et d’inquiétudes concernant la planète et l’épuisement des énergies fossiles, quelle est la place du tourisme, invention de l’inutile, comme le dit Marc Boyer, historien français spécialisé dans le tourisme.
D’un point de vue économique, cette place est d’une importance extrême. L’organisation mondiale du tourisme(OMT) prévoit 1,6 milliards de touristes dans le monde en 2020. En 2007, les recettes internationales du tourisme ont atteint 625 milliards d’euros, soit l’équivalent de 30% des exportations mondiales de services (source : OMT).
Sur le plan environnemental, le tourisme est décrié. Sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre est d’environ 5%. Le transport aérien représente 40% des émissions liées au tourisme, le transport routier 32%.
Le touriste méprise les populations hôtes, les abuse économiquement : 20% seulement du prix payé par le touriste occidental à son opérateur restent dans le pays visité s’il s’agit d’un pays du sud !
- Des alternatives au tourisme de masse
Qu’importe, les vacances sont un droit, exerçons-le, mais en mode slow !
Mais qu’est-ce que ce tourisme-là ? c’est du tourisme respectueux. De quoi ? de l’environnement, des populations hôtes, de leur économie, de leur culture.Le problème est que ce tourisme durable porte des noms différents qui n’aideront pas le voyageur à choisir, pire peut-être : le plongeront dans l’embarras.
Tout d’abord, le tourisme solidaire doit permettre une découverte des conditions de vie de celui auquel on rend visite, « ce qui implique évidement aussi que le touriste solidaire accepte de partager les contraintes quotidiennes de la population, comme le logement, l’alimentation ou les restrictions d’eau » (Pince, 2007) et cela suppose le consentement de l’hôte. A-t-il toujours le choix ? L’exemple du Gabon semble parlant : on prépare l’après pétrole en misant sur le tourisme. Beau paradoxe !
Alors notre candidat au tourisme va choisir une autre version de ce « bon tourisme ». Il va se faire conseiller par un professionnel qui va lui proposer du tourisme équitable, à savoir « un ensemble d’activités de services, proposé par des opérateurs touristiques à des voyageurs responsables, et élaboré par les communautés d’accueil autochtones. Ces communautés participent de façon prépondérante à l’évolution de la définition de la définition de ces activités » (source : Association pour le tourisme équitable et solidaire).
Il peut également lui parler de tourisme responsable. Celui-ci part de l’émetteur (le voyagiste, qu’il soit marchand ou non). Il est né de la prise de conscience que « l’opérateur est responsable des effets du tourisme sur la population et sur l’environnement » (Claudine Zysberg, chargée de mission tourisme au ministère de l’Écologie et du Développement durable, 2004)
A moins que ce voyageur ne préfère l’écotourisme que la Société internationale d’écotourisme (Ties) définit comme « une forme de voyage responsable, dans des espaces naturels, qui contribue à la protection de l’environnement et au bien-être des populations locales ».
Le tourisme de masse n’est pas prêt de cesser, mais tout comme pour l’énergie et la nourriture, il va falloir partager. Envisager sereinement de limiter les capacités d’accueil des destinations ; après tout, quand le théâtre ou le restaurant est plein, nul ne se plaint de devoir « repasser demain ». Pourquoi est-ce si différent avec les voyages ? Une escapade à brève distance peut réserver de bonnes surprises, d’autant qu’on prend le temps de s’y rendre, faisant des étapes.
Pour les inconditionnels de l’ailleurs « antipodique », une taxe écovoyageur responsabilise les acteurs en leur faisant prendre conscience des effets des vols aériens et donc des efforts à faire pour limiter ceux-ci. Le problème est qu’ici nous gérons les conséquences plutôt que les causes, mais cette piste est à méditer.

