Certains représentants de mouvements écologistes ainsi que des scientifiques remettent en cause le projet de Grande Muraille verte en Afrique (les détails sur le projet dans l’article précédent).

« Une réverie pour encore détourner de l’argent »

Pour le financement du projet, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) a promis une aide à hauteur de 119 millions de dollars (environ 97 millions d’euros).

Pour Haidar El Ali, le leader de la Fédération des écologistes du Sénégal, au micro de RFI, le 17 juin 2010, ce projet n’est pas convaincant : « je viens d’effectuer une très grande tournée dans les campagnes : partout ce sont les mêmes plaintes. Les paysans n’ont pas assez de semences ou même pas de semences du tout… pour moi la Muraille verte c’est une utopie, une rêverie pour encore détourner de l’argent »

La mise en place de la grande Muraille verte est donc un enjeu économique mais aussi politique, ainsi pour Haidar El ali « Cette muraille, c’est du show-biz. Citez-moi un seul projet du président sénégalais qui a abouti. Les gens ont d’autres soucis et ne font pas confiance en ce gouvernement anti-démocratique qui se dit vert mais qui surexploite les forêts et ne considère pas le solaire. »

Le desert prend le dessus

Des scientifiques qui doutent de l’efficacité du projet

 

Pour Marc Bied-Charreton, président du Comité scientifique français de la désertification, dans un entretien donné au site www.terre-eco.com, cette initiative est vouée à l’échec : « Il est faux de dire que le désert avance et qu’il faut l’arrêter. Ce qui progresse, c’est la dévégétalisation des sols. Il faut donc protéger l’ensemble des sols et non pas construire des barrières de ce type. »

 Martin Beniston, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement à l’université de Genève remet en question l’efficacité du projet : « Un couvert végétal peut interagir avec l’atmosphère et faire augmenter les pluies. Mais avec 15 kilomètres de large, ce couvert paraît insuffisant. La muraille pourrait modifier les conditions atmosphériques et contrer l’expansion du désert dans certaines zones semi-arides seulement. Jamais sur toute sa longueur. »

Réponse d’un des promoteurs du projet, le professeur Abdoulaye Dia de l’université Cheikh Anta Diop à Dakar : « Une centaine de scientifiques américains, israéliens, japonais et africains se sont réunis en février 2009 pour étudier sa faisabilité. Ils ont identifié les espèces d’arbres, les sols et les taux de pluviométrie les plus adaptés aux conditions du reboisement. Au Sénégal par exemple, nous plantons surtout des acacias. »

Quelles alternatives au projet ?

Marc Bied-Charreton propose une solution en 2 axes principaux : l’agriculture durable et la décentralisation.

Agriculture durable

La mise en place d’une agriculture durable pour protéger les sols c’est:
  • Cesser de laisser les terres à nu pendant six mois de l’année
  • Limiter les labours
  • Mettre en place des rotations de culture
  • Diminuer les recours à l’engrais

 

Quand à la gestion politique du problème le scientifique propose la décentralisation :

  • Les États doivent accepter de confier la gestion des terres situées entre les espaces cultivés à des villages ou des groupements de villages. C’est ce qui se passe au Mali, au Niger et au Burkina Faso et cela fonctionne.
  •  Il faut de reboisement organiser des chantiers locaux avec les habitants puis leur permettre d’en toucher les bénéfices. C’est la condition pour qu’ils acceptent de protéger du bétail les jeunes pousses, d’assurer l’entretien par la suite, d’empêcher les coupes massives…
  • L’administration ne doit assurer que l’aide technique et l’information. Une démarche top-down (du haut vers le bas, ndlr) est vouée à l’échec. »